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Distillerie du Simon : entretien avec Yves Hayot, président de la distillerie


 02 JUIN 2015

Usine du Simon

Yves Hayot


Martinique

Yves Hayot, Président de la distillerie du Simon a accepté de nous raconter l’histoire de ce haut lieu de mémoire.

En 1847, sont installés tout près de la mer un moulin à vapeur et une petite usine. En 1862, la Frégate commença à fournir de la canne à sucre à cette petite usine centrale dite du Simon. Tout d’abord sucrerie, elle deviendra par la suite une fabrique de rhum.  Ludovic Brière de l’Isle, alors Maire du François, participa activement à la création de l’usine.

Photo de la distillerie du SimonPhoto de l

LCDR : Si vous aviez l’opportunité de passer une soirée en tête-à-tête avec le Général Brière de l’Isle, premier propriétaire de l’usine, vous lui diriez quoi ?

YH : Je lui dirais probablement que faire vivre cette Distillerie est une aventure extraordinaire et que nous mettons tout en œuvre pour prolonger cette aventure. Nous dégusterions probablement un petit verre de rhum !

LCDR : C’est lui qui a construit l’usine ?

YH : Non, l’usine a été construite par Monsieur Emile Bougenot, jeune ingénieur des Arts et Métiers, arrivé de France pour le compte de la maison CAIL. D’ailleurs, c’est lui qui a pratiquement construit toutes les sucreries de la Martinique.

Malheureusement, le Simon était situé dans une zone sèche et c’était une petite usine qui n’a pas tenu très longtemps, comme 4 ou 5 autres petites sucreries de l’île. En revanche, en tant que Distillerie de Rhum, elle a toujours fonctionné.

LCDR : Vous arrivez quand au Simon, Yves ?

YH : J’arrive au Simon à la fin des années 60, en 1967 exactement.

J’ai fermé l’usine du François en 1965. Je suis alors venu au Simon qui venait d’être acheté par Jacques Despointes. Nous avons travaillé ensemble et nous avons créé le Groupement des Distilleries du Sud-Est.

C’était un Groupement d’Intérêt Economique (GIE). On avait ainsi réuni les distilleries du Simon, Hayot-Fossarieu, Desportes à Sainte-Anne, les héritiers Antoine de Reynal et l’usine du Marin. Puis les contingents de Joseph Hayot.

La production a alors triplé en terme de volume.

LCDR : Ça commence à bien fonctionner ?

YH : Non, car le prix du rhum est très bas.

Il y a eu 2 périodes extraordinaires dans l’histoire du rhum.

La première c’est la guerre 14-18. Le soldat français monte au front avec du rhum dans l’estomac. Les survivants resteront après la guerre des passionnés de rhums, jusqu’à la seconde guerre mondiale où le rhum est remplacé par le whisky sur le front.

Il y a une désaffection pour le rhum à partir des années 50 au profit du whisky. Le cours du rhum va continuer de péricliter pour atteindre son niveau le plus bas dans les années 1972-1973. S’installe alors un désintérêt pour la fabrication du rhum, jusqu’à il y a environ 20 ans.

LCDR : Que se passe t-il il y a 20 ans ?

YH : On commence à savoir mettre en valeur le rhum. Le premier qui commence le rhum en bouteille avec un certain prestige, c’est Clément. Ensuite, c’est le rhum Duquesne. Le troisième, celui qui a su asseoir sa marque et révolutionner l’image du rhum c’est La Mauny. Jean-Pierre Bourdillon, figure emblématique de ce milieu, va transformer l’image du rhum, en obtenant l’AOC. Son succès va entraîner les autres dans son sillage.

LCDR : Que se passe-t-il du côté du Simon ?

YH : A ce moment-là, je rachète avec mon frère Bernard la distillerie Clément, qui va demander au Simon des quantités de rhum très importantes. On atteint enfin le seuil de rentabilité.

Deux ou trois ans après, j’achète HSE, qui s’appelle à l’époque Saint-Etienne. Nous sommes alors passés d’une production de 700 ou 800 litres de rhum à 2 millions de litres de rhum.

LCDR : Comment cela se gère-t-il avec une usine qui, au départ, produit des petits volumes ?

YH : On travaille 20 heures par jour. L’usine qui était sous-exploitée devient sur-exploitée. Le matériel convient tout juste.

Nous entrons alors dans une phase d’investissement qui fait que l’usine d’aujourd’hui n’a pratiquement rien à voir avec ce qu’elle était dans les années 70. La seule chose qui reste c’est bien sûr la chaudière à vapeur.

LCDR : Aujourd’hui, qu’est-ce que vous fournissez exactement à Clément et HSE ?

YH : Je leur fournis du rhum à 70°, produit de la distillation de la canne. Chacun travaille ensuite son rhum comme il veut. Les rhums blancs en Martinique sont tous faits selon les critères de l’AOC donc ils appartiennent tous à la même famille. Les Maîtres de Chais viennent sélectionner les lots qu’ils souhaitent prendre.

En revanche, les rhums vieux ont tous des caractéristiques qui leur sont propres car cela dépend des fûts, du temps qu’ils ont passé dans les fûts, si on les change de fûts…

LCDR : Quelles sont selon vous les qualités requises pour diriger une distillerie ?

YH : Ah ! Ça je ne sais pas (rires). En premier lieu, le personnel est trié sur le volet. Et puis il faut toujours se souvenir des soucis qu’on a eus dans le passé pour éviter de les revivre dans le futur.

C’est un métier qui est passionnant mais c’est un métier qui peut s’avérer très surprenant. Car l’extraction du jus de la canne se faisant de manière très brutal, les machines peuvent casser.

LCDR : Quel est votre pire souvenir de récolte ?

YH : Le drame pour nous, c’est la pluie car la canne est mélangée à de la boue et que les machines peuvent s’embourber. Et qu’en s’embourbant, elles abîment le sol pour la récolte de l’année suivante. La bagasse qui est notre combustible est également trempée et l’on manque alors cruellement de vapeur. On arrête, on remet en route… on se bat.

Il y a trois ans on a eu de fortes pluies. Ça a été une catastrophe.

LCDR : Et un de vos meilleurs souvenirs ?

YH : Ah ! (Rires). Il y a quelques années on a eu des qualités de cannes extraordinaires et un très bon rendement. On ne s’y attendait pas. On n’est jamais surpris pas les bonnes choses.

Merci beaucoup Yves pour cet entretien et l' accueil chaleureux qui nous a été réservé, comme toujours.